Voyage chez les Tupi

Des Amérindiens du Brésil on ne connaît, en France, le plus souvent, pour le XVIe siècle, que les écrits d’André Thevet (Les Singularités de la France antarctique, 1557) et du huguenot Jean de Léry (Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil, autrement dite Amérique, 1578). Mais voici une première : la traduction en français de textes originaux du missionnaire jésuite Ferñao Cardim, près de quatre cents ans après leur première édition en anglais.

Ferñao Cardim est moins connu que d’autres évangélisateurs et chroniqueurs de son ordre comme Manuel da Nóbrega, qui inaugura en 1549 les missions d’évangélisation jésuites au Brésil, José de Anchieta, qui, dit-on, fonda São Paulo en 1554, ou encore António Vieira, grand prédicateur et écrivain du XVIIe siècle, considéré jusqu’il y a peu comme un défenseur des Amérindiens, mais aujourd’hui décrié pour son silence sur l’esclavage. Pour autant, arrivé dès 1583 au Brésil où il demeure jusqu’à sa mort en 1625, sauf pour un séjour à Rome de 1598 à 1601, puis en captivité en Angleterre jusqu’en 1603, ses textes, somme toute précoces, sont de première importance pour la connaissance des peuples tupi. Délaissant quelque peu leurs croyances, vues comme nulles et non avenues, mais suivant en quelque sorte la grille d’analyse de saint Ignace pour l’évangélisation, il décrit leur nourriture, leurs habitations, leurs vêtements, leurs organisations familiales, leurs jeux.

L’édition réalisée par Chandeigne est un petit bijou. En format poche, l’ouvrage est illustré par des cartes de qualité et d’excellentes reproductions d’images parmi les plus célèbres des chroniques et livres de ces époques : Hans Staden, Eckout, Kilian, Thevet, Léry et en particulier Théodore de Bry. L’appareil critique, réalisé par Jérôme Thomas (notes, bibliographie, et surtout un dossier historique et anthropologique qui représente plus de la moitié du volume), est tout à fait complet, parfois même redondant dans la précision de ses références. Tout est dit sur les tribulations de Cardim, et de ses manuscrits : revenant de Rome, son navire est arraisonné par un corsaire anglais, Francis Cook, qui le fait prisonnier et vend ses écrits, dont on peut suivre ensuite les diverses éditions. De retour au Brésil, il devient provincial de l’ordre pendant cinq ans. Mais l’essentiel est bien la description des Amérindiens, surtout les Tupinambas, avec la marque des Jésuites qui s’immergeaient dans les sociétés indigènes et apprenaient leurs langues pour ensuite les évangéliser. Anchieta est ainsi l’auteur d’une première grammaire tupi.

Le texte édité apparaît dès lors comme une contribution aux débats d’aujourd’hui sur le rôle de ces évangélisateurs : ont-ils été protecteurs des Indiens (notamment contre les colons eux-mêmes) ? Destructeurs de leur culture, et de leur imaginaire ? Et aux débats sur la colonisation dans l’histoire. Des controverses qui prennent un tour plus aigu encore avec les attaques directes portées actuellement contre les droits des Amérindiens du Brésil.

La plupart des récits et chroniques sur les Amérindiens du Brésil aux XVIe et XVIIe siècles décrivent les rites anthropophages, et Théodore de Bry les illustre abondamment. Le texte de Cardim est sans doute le plus précis à cet égard. Au-delà de la condamnation morale sur ce qui est dénoncé par tous comme la preuve même de la barbarie, Cardim est très soucieux d’exactitude, presque d’objectivation. Les anthropologues, après lui, ont expliqué le sens de ces rites.

L’histoire – Septembre 2021

En 1582, le jésuite Fernão Cardim est envoyé au Brésil pour rendre compte de l’avancée de l’évangélisation. Il se familiarise aussitôt avec l’environnement et observe finement la faune et la flore brésilienne, tout autant que les coutumes des populations indigènes. Il compilera ses impressions dans ce texte qui offre de précieux renseignements sur les mœurs et coutumes des indigènes.

Mythologies Magazine – Octobre 2021

L’évangélisation des peuples du Brésil par les jésuites portugais fut à la fois, on le sait, l’un des axes de la lutte à mort coloniale, et l’occasion d’un recueil de données à grande échelle sur les cultures que l’on conduisait ainsi à l’extinction. De ce double mouvement, le père Fernao Cardim (1549-1625) est un parfait représentant. Arrivé au Brésil en 1583, il y passera le reste de sa vie, laissant plusieurs manuscrits, dont « Du principe & de l’origine des Indiens du Brésil & de leurs coutumes, adorations et cérémonies », consacré aux communautés tupi, qui contient entre autres la description la plus précise des rituels anthropophagiques, auxquels le jésuite a pu assister. Il est ici traduit en français pour la première fois, accompagné d’un dossier critique très complet.

Florent Georgesco – Le Monde – Juin 2021

Émission Passage à niveau

Artur Silva a reçu Jérôme Thomas, traducteur, auteur de l’introduction et du dossier historique de Moeurs et coutumes des indiens du Brésil. 

À écouter ci-dessous :