Sous la dictature de Salazar, le magazine « O Papagaio » (« Le perroquet ») décide de publier les aventures de Tintin, naturalisé Tim-Tim, reporteur censé être de pure souche portugaise. Milou y change de sexe et s’appelle Rom-Rom. « Tintin au Congo » est rebaptisé « Tim-Tim em Angola », histoire de montrer que le Portugal possède des colonies. Comme le régime proclame très haut sa foi catholique, l’éditeur s’auto-censure, passe à la trappe un pasteur protestant qui passait par là.

Oliveira da Figueira (« Oliveira du Figuier »), commerçant sympathique, doté de moustaches en crocs à la Salavdor Dalí, s’en tire mieux. Personnage complexe, il intrigue Albert Algoud, qui s’en sert pour dévider la pelote de l’histoire du Portugal, notamment l’époque tragique où le royaume obligea ses Juifs à se convertir en masse. Le bénitier ou la mort !

Détail plus léger : les aventures de Tim-Tim ne rapportèrent pas seulement de l’argent à Hergé. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Portugal, pays neutre, ne souffrait pas du rationnement. Aux éditeurs de Tim-Tim, Hergé demanda de lui envoyer en Belgique des colis de nourriture. Notamment des boîtes de sardines. Les envois furent suffisamment fréquents pour qu’il soit soupçonné de se livrer au marché noir. Mille sabords ! Et même pas une bonbonne de rhum ?

Frédéric Pagès – Le Canard Enchainé – Novembre 2021