Dans les eaux troubles du Tage

Mort sur le Tage, le premier polar de Pedro Garcia Rosado publié chez Chandeigne, plonge dans les tréfonds de Lisbonne. Corruption, fractures sociales, crimes impunis… Un homme seul résout le puzzle.

MÊME AU PAYS de la saudade, à la mesure de la crise ambiante dont il est le chroniqueur, le roman noir est en grande forme. Mort sur le Tage, le titre français du polar de Pedro Garcia Rosado, ne rend pas justice à l’original, Oulianov et le Diable, dommage ! Mais il fait entrer le roman noir aux éditions Chandeigne. Des variantes du sinistre Styx Lisboète, Pedro Garcia Rosado maîtrise la dramaturgie, possè- de l’art du portrait, dépeint avec précision les humeurs du fleuve qui donne son caractère à la capitale portugaise. Le Tage est l’un des protagonistes de l’histoire, ce face-à- face entre Oulianov et le Diable sur lequel plane une dimension métaphysique. « Lisbonne, comme il [ndlr : Serguei Den i s o v i t c h a l i a s Oulianov, nom de guerre d’un exagent du KGB et exprisonnier à Lisbonne] le constate tous les jours, est un vé- ritable fleuve souterrain plein de surprises, un piège fait de cours d’eau qui semblent tous être de minuscules variantes du sinistre Styx, la voie qui mè- ne à l’enfer de la mythologie gréco-romaine. » Germaniste et journaliste, Pedro Garcia Rosado est l’auteur d’une importante œuvre au noir, inspirée des scandales qui rythment l’actualité portugaise. L a métaphore opère : en fouillant les sous-sols de Lisbonne, ses couloirs souterrains fluviaux, le Russe exhume la pourriture, les corps sales… Mais aussi la corruption et les crimes impunis commis par les deux fils délinquants sans morale d’un influent homme d’affaires, Salvador Teles. Quand on sait que ce dernier a quasiment déshérité ses rejetons, on comprend beaucoup de choses. Les vernis craquent, les collusions entre milieux politiques et d’affaires sont mises au jour. Au prisme du personnage d’Oulianov, c’est aussi l’histoire de l’effondrement de l’URSS qui reflue. C’est tout l’art de Pedro Garcia Rosado d’embrasser les mutations socio-économiques qui touchent son pays et d’ouvrir la focale sur une géopolitique plus large. Au révélateur du crime Sauvagement assassinée, Irina, la sœur d’O ulianov, est l’aiguillon du roman noir. Son corps largué en mer n’a pas refait surface… Seuls des filaments de cheveux blonds, du sang et des fragments de peau ont été retrouvés au bord du fleuve, près du Cais do Sodré, sur le quai après le bâtiment de la mairie. À proximité du futur Centre nautique de Lisbonne, dernier projet de l’entrepreneur Salvador Teles. Autour de la mort d’Irina se tisse un écheveau d’intrigues aux rebondissements inattendus. À l’instar du passé d’Oulianov, d’anciennes sombres histoires refluent. Le crime, en tant que révélateur et scalpel, permet de désosser la société, impose sa ligne tendue. Au-delà des faits, il y a la vérité du roman écrit par Pedro Garcia Rosado. Qui structure son récit autour de puissantes figures romanesques, très cinématographiques. Donnant à chaque protagoniste une véritable existence. Le diable se cache dans les détails. Polar choral, Mort sur le Tage coud dans la même déchirure l’assassinat des âmes et des corps.

Veneranda Paladino – Dernières Nouvelles d’Alsace – Novembre 2017

Un por­trait au vitriol de la société lisboète

Maria João tente de sur­vivre après avoir été vio­lée par trois gar­çons. Mais la mort la rat­trape.
Au milieu du Tage, une femme se défend, hurle, frappe Lou­renço alors qu’Alberto, qui ne peut lâcher les com­mande du petit canot, lui crie de ne pas la lais­ser s’échapper. Elle réus­sit à sau­ter, à rejoindre la rive cepen­dant rat­tra­pée et frap­pée avec l’ancre. Elle est lais­sée pour morte. Une ombre a assisté au drame, une ombre qui emporte le corps de la femme. Alberto et Lou­renço sont les fils de Sal­va­dor Teles, un puis­sant indus­triel. Ils sont très inquiets après les évé­ne­ments de la nuit. Et cette fois-ci, ils ne pensent pas être sau­vés par leur père qui avait fait étouf­fer l’affaire de l’assassinat de Maria João. Ils font par­tie de la jeu­nesse dorée de Lis­bonne et avec Rick, leur cou­sin, un acteur de seconde zone ; ils tournent des films por­no­gra­phiques.
Cette femme est fian­cée à Evgueni, un gar­çon qui s’inquiète quand elle n’est pas au rendez-vous, qu’elle reste introu­vable. Il contacte Oulia­nov, le frère d’Irina, un tai­seux au passé tour­menté. Celui-ci, après être passé par les ser­vices spé­ciaux de l’URSS, l’armée a fini dans des com­bines cri­mi­nelles, fait de la pri­son et se terre au Por­tu­gal comme ouvrier. Pour retrou­ver sa sœur, il doit sor­tir de l’ombre et renouer avec des réflexes d’enquêteur.

Pour construire son intrigue, le roman­cier mise sur les règles du roman cri­mi­nel inversé dont tout l’enjeu est de savoir si le, ou les, cou­pables pour­ront échap­per à la jus­tice, au châ­ti­ment. Il les place dans les milieux aisés de la capi­tale, dans le milieu des affaires. Il décrit Lis­bonne et son évo­lu­tion, les quar­tiers en muta­tion. Il expose les construc­tions nou­velles, les tra­vaux d’infrastructure et ce qu’ils génèrent comme magouilles et mal­ver­sa­tions, pots de vins et cor­rup­tions en tous genres.
Trois par­cours prin­ci­paux struc­turent le récit. Celui des deux frères qui peu à peu se sentent cer­nés par des forces incon­nues et qui tentent de des­ser­rer l’étau. Ceux qui portent le glaive de la jus­tice, que ce soit la police, jus­ti­cier offi­ciel ou un ex-assassin qui mène sa ven­detta. Lis­bonne s’installe à côté de ce trio et occupe une place entière de personnage.

Le roman­cier dresse une gale­rie de por­traits remar­quables dans leur noir­ceur. Peu méritent être sau­vés. Sal­va­dor Teles, un grand capi­taine d’industrie qui a eu l’opportunité d’épouser une riche héri­tière mais qui a su faire pros­pé­rer l’argent de son beau-père pro­fi­tant du réseau qu’il avait créé quand il était mili­taire. Les deux fils dont leur père doute de leurs capa­ci­tés au point de les lais­ser avec des “jou­joux”, pré­fé­rant vendre son empire. L’immigrant russe au passé cri­mi­nel chargé, même s’il tuait dans une cer­taine léga­lité. Et puis toute une équipe de fonc­tion­naires muni­ci­paux qui doivent arron­dir leurs fins de mois, de poli­ciers plus ou moins cor­rom­pus. Et puis, une ombre qui hante la nuit.

Tout ce petit monde s’agite dans Lis­bonne, de la Jet-set aux sous-sols inex­plo­rés, des cou­loirs des admi­nis­tra­tions aux bords du fleuve. Pedro Gar­cia Rosado pro­pose un roman fort, âpre, à l’intrigue raf­fi­née met­tant en ten­sion un récit attrac­tif servi par une théo­rie de pro­ta­go­nistes bien campés.

Serge Per­raud – LeLittéraire.com – Novembre 2017

Comme un son, au loin. Le cliquetis des vaguelettes qui disparaissent contre les bords du Tage, que surplombe le grand pont de Lisbonne, d’acier et de câbles. Sur cette rive, a été agressée mortellement une jeune russe, prénommée Irina. Ces assassins, deux frères issus d’une famille aisée de la ville lisboète, ne sont autres que Lourenço et Alberto ; des « fils à papa » que la famille sustente, que les parents protègent, comme déjà une première fois par le passé.
Une ombre plane aux alentours, une ombre qui croise le regard froid et au bord de la mort d’Irina, une ombre qui l’emmène avec elle, dans son monde noir, caché dans les sous-sol de la ville.

La disparition d’Irina intrigue et inquiète son entourage : d’abord son fiancé, puis son frère, Oulianov, ex-agent du KGB, puis ex-prisonnier à Lisbonne. Au fur et à mesure de ses recherches, Oulianov va mettre en exergue les fréquentations de sa sœur, son entourage, ses activités licites et illicites. Sa quête de la vérité va gêner et provoquer des vagues de violence, d’autres morts.

C’est alors qu’Oulianov décide de mener l’enquête, lui, se soustraire à la police, en partie corrompue ; il veut savoir ce qui est arrivé à sa sœur, qui a osé lui infliger un tel châtiment… Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’ombre souterraine va le guider, l’assister, après un apprivoisement somme toute assez musclé. Au cœur des dessous de la ville, il a été ce témoin, celui qui a vu, celui qui sait… Lui, dit « Le Diable »…

Il est ici question de corruption, de trafics en tout genre, de violence, d’abus de pouvoir. Les personnages, aussi bien centraux que secondaires, sont très bien dessinés ; qu’ils soient lâches ou courageux, leurs profils psychologiques sont remarquablement étudiés. Et c’est en plein cœur de Lisbonne que ces différents milieux sociaux se côtoient, se heurtent, se piétinent…

Tel un « Columbo » à l’ancienne, la victime et ses assassins sont connus dès les premières pages. Toute l’intrigue tourne autour du déroulement de l’enquête, qui n’est pas menée par un policier mais par le frère de la défunte, ex-membre du KGB. Cette inversion des valeurs marque dans ce roman policier une véritable cassure avec le concept habituel.
Une ambiance lourde et mystérieuse plane autour de cette histoire et de ces personnages, accrue par la présence fantomatique de cette ombre qui rôde…

La découverte de la belle Lisbonne ne sera pas à attendre de ce polar, qui n’a rien à envier aux autres œuvres policières « classiques ». Pedro Garcia Rosado nous raconte ici une grande et remarquable histoire, qui nous balade du Cais Do Sodre au Parc Eduardo VII…, noire, labyrinthique. Une plume qui vous marquera au fer rouge…

Je remercie très chaleureusement les Editions Chandeigne ainsi que la librairie Portugaise et Brésilienne, qui m’ont donné la chance de découvrir Pedro Garcia Rosado. Et même si les lecteurs portugais font encore preuve de quelques réticences vis-à-vis des écrivains de polars lusophones, celui-ci mérite une belle place en tête de podium.

Elisabeth Alves – Blog Littélecture – 3 novembre 2017

Christine Ferniot et Michel Abescat présente Mort sur le Tage dans leur émission Cercle Polar. À partir de la dix-huitième minutes. Diffusé le 2 novembre 2017.

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Jacques Lerognon présente Mort sur le Tage dans l’émission La Noir’Rôde. Diffusée le mercredi 18 octobre à 18h30.

À l’occasion de la publication du roman noir Mort sur le Tage de Pedro Garcia Rosado, Mathilde Parra de Radio Aligre reçoit l’auteur portugais dans son émission Lusitania. Diffusé le samedi 7 octobre de 18h à 19h.

Entretien en portugais avec Pedro Garcia Rosado auteur de Mort sur le Tage sur Radio Alfa dans l’émission “Passage à Niveau” animée par le journaliste Artur Silva. Diffusion 1/10/2017.

Une ténébreuse Lisbonne …

« L’ombre regarde le visage de la femme. Ses yeux sont très clairs et grands ouverts comme s’ils voulaient comprendre. L’ombre la touche. – Je suis le Diable – dit l’ombre. Et la nuit les enveloppe. » Il fait nuit noire sur le Tage. Une certaine nervosité règne sur les berges du fleuve. Des silhouettes s’agitent. On entend des cris, des coups. Un corps bascule dans les eaux sombres sous le regard discret d’une ombre rampante…

En ce mois d’octobre 2017, les éditions Chandeigne ont réservé une surprise à leurs lecteurs. En effet il y a du nouveau au catalogue : un polar ! Le premier en 25 ans d’existence. Son nom : Mort sur le Tage signé du prolifique Pedro Garcia Rosado. Maître dans le genre, il est aujourd’hui l’auteur d’une dizaine de romans policiers dont les thèmes sont souvent inspirés des grandes affaires qui rythment l’actualité portugaise.

Mort sur le Tage  est un roman noir au rythme haletant dans lequel nous découvrons une Lisbonne qui s’éloigne des clichés habituellement attribués à la ville aux sept collines pour pénétrer dans un univers sombre et violent …

L’histoire débute avec un meurtre en bord du fleuve lisboète. Nous sommes dans la capitale au début des années 2000. Le lecteur suivra alors l’enquête officielle de l’inspecteur Moura mais aussi celle du frère de la victime, Ulianov. Immigré russe et ex-agent du KGB, il mènera sa propre investigation pour retrouver sa sœur disparue et découvrir ses assassins.

Dans ce roman noir où la ville de Lisbonne est un personnage à part entière, le lecteur la voit, la vit comme s’il y était. Pedro Garcia Rosado dresse un portrait au vitriol de la société lisboète où défilent la jet-set des beaux-quartiers et des environs chics avec son ancien capitaine d’industrie et ses deux rejetons se pensant au-dessus des lois, des fonctionnaires municipaux corrompus et des policiers véreux (ou pas), des immigrés russes et des prostituées et, surgi des sous-sols inexplorés de la ville aux remugles fétides, un bien étrange personnage…

Rosado nous embarque dans une capitale complexe, où les personnages jamais manichéens à la personnalité pourtant bien affirmée s’y confrontent et composent un tableau social mordant. Nous découvrons des problématiques propres aux grandes villes, très contemporaines : immigration clandestine, corruption et réseau de prostitution mais aussi des réminiscences de traumatismes dus à l’histoire du pays…

Mort sur la Tage  est un roman noir comme on les aime, plein de rebondissements qui enrichissent les personnages au fil des pages et rendent l’histoire aussi trouble que les eaux dormantes.

CAPMag – septembre 2017