Le héros n’est pas un enfant, c’est un ourson. Un ourson qui a vécu tout près d’un jeune Hollandais qui s’appelait Fred, un ourson qui a voyagé avec lui, qui s’est caché avec lui, qui a traversé le temps. Il ne l’a quitté que bien plus tard, pour s’installer dans un musée.
Cet ourson existe, tout comme son propriétaire, il est exposé à Yad Vashem, mémorial dédié aux victimes juives de la Shoah. Fred, quant à lui, est maintenant un vieux monsieur. À travers l’histoire de son ours c’est son histoire à lui que l’on suit, un enfant comme tant d’autres qui a dû porter une étoile jaune, fuir, se cacher.

Si le sujet est dur, le livrene cachant pas les choses, est à portée d’enfant et ne va pas les choquer, il rappelle juste des situations qui se sont passées dans une époque pas si lointaine. Le livre est un bel ouvrage avec de magnifiques illustrations et un beau papier. Adultes comme enfants seront ému·e·s de lire l’histoire de cet ours qui a été, pendant une période difficile, la seule chose qui restait à l’enfant de sa vie d’avant.

Un très bel album pour parler de la Shoah avec les enfants.

Gabriel – La mare aux mots – novembre 2017

 

L’enfant, l’ourson et la guerre

Outre leur catalogue lusophone, les éditions Chandeigne développent la Série illustrée qui s’enrichit d’un nouveau titre : l’émouvant L’ourson de Fred.

C’est un rescapé de la Shoah. L’oreille droite arrachée par un chien, la tête recousue, des yeux brodés, un nez et une bouche de fils rouges… Cet ourson en laine claire témoigne de l’histoire de Fred Lessing. Du destin de ce petit garçon juif astreint au port de l’étoile jaune et à la clandestinité en Hollande durant la seconde guerre mondiale.

C’est une histoire incroyable où le réel ne se conçoit pas sans horizon fictionnel, ni la fiction sans un solide ancrage dans la réalité. L’auteure israélienne de littérature de jeunesse Iris Argaman est tombée sous le charme de l’ourson à l’oreille manquante, rencontré derrière une vitrine du Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Comment la peluche s’y est-elle retrouvée exposée ? L’aventure ne manque ni de rebondissements ni d’heureuses coïncidences.

Durant deux ans pendant la Shoah, Fred, séparé de ses parents et de ses frères, vit caché dans une famille d’accueil à Amsterdam. Seul confident et ami, l’ourson l’aide à continuer à vivre malgré les changements de cachettes, les rafles, la peur et le silence.

À la fin de la guerre, Fred et son ourson quitte la Hollande pour les États-Unis. Fred a grandi et est devenu un homme. Il s’est marié et a eu à son tour deux enfants. L’histoire de cette amitié irréductible a voyagé jusqu’aux oreilles de la conservatrice du mémorial de Yad Vashem. Judith Inbar, qui préparait une exposition intitulée “Il n’y a pas de jeu d’enfant”. Elle contacte Fred Lessing dans le Michigan et lui demande s’il est d’accord pour prêter son ourson au musée afin que d’autres enfants connaissent son histoire. Fred répond : “L’ourson et moi, on ne s’est jamais quittés. Je vais lui demander”.

Le reste de l’histoire, c’est l’ourson qui la raconte : “Alors Fred m’a pris dans ses mains et m’a dit : Mon ourson, tu es mon meilleur ami, tu as pris soin de moi dans les moments les plus difficiles, tu serais d’accord pour partir ? Et j’ai dit oui.”

L’ourson se distingue des aplats mauves qui caractérisent les adultes et enfants. Ses contours flous, ocre, s’animent. Il relate avec pudeur la merveilleuse amitié qui le lie à Fred. “À l’époque Fred était un enfant sensible, soucieux et inquiet.”

Quelques décennies plus tard, Iris Argaman le convainc de lui laisser raconter leur histoire l’entremise de la voix tendre de l’ourson.

D’une douceur cotonneuse, la palette graphique d’Avi Ofer s’unit aux accents discrets mais profonds du texte.

Sans jamais verser dans le pathos, ce livre illustré porté par une grande tendresse, un style simple et fluide, transcende une expérience tragique en oeuvre de création. En réflexion sur la résilience, sur ce qui sauve de l’anéantissement.

Veneranda Paladino – Dernières nouvelles d’Alsace – septembre 2017

L’ourson de Fred : au coeur de la shoah, un enfant et sa peluche

C’est l’histoire de la transmission de la mémoire, et de cette lutte constante pour que jamais l’on n’oublie. Car l’oubli resterait le premier pas vers la certitude que l’Histoire peut se reproduire. Fred Lessing était un petit garçon, quand il quitta la Hollande pour les États-Unis. La Seconde Guerre mondiale venait de finir. Et avec elle, un lot d’atrocités

On peut être agacé de ce qu’impose le devoir de mémoire – voire de l’entendre brandi à tout instant. Et cela peut même être dit, sans qu’il soit nécessaire de brandir des accusations idiotes. Car le devoir de mémoire n’implique pas, justement pour toucher et inciter à se remémorer, qu’on le fasse entrer, de force, avec un martèlement constant. En fait, c’est dans ces conditions qu’il ne sert à rien…

Fred était donc un petit garçon, et, durant toute la guerre, il avait avec lui un ourson – sans nom, d’ailleurs. Évidemment, Fred est juif, et, à cette période, l’enfance est sacrifiée, piétinée par le bruit des bottes. Et tout le récit est mené par l’ourson, qui raconte combien il fut choyé par Fred, comment tous deux se tinrent compagnie, même dans les plus douloureux moments.

Ce livre est né de la volonté de perpétuer un souvenir, celui d’un garçon et de son doudou, mais également de pouvoir parler de l’enfance, durant cette période. L’ourson est bien réel d’ailleurs, on peut le retrouver dans le musée de Yad Vashem, à Jérusalem, à qui Fred l’a confié, voilà quelques années. C’est qu’il n’y avait avant pas de jeu d’enfants…

Et puis Iris Argaman a découvert cet ourson, Fred et leur relation. Michel Kichka en dit que « L’Ourson de Fred est un objet complet où le texte et le dessin sont indissociables. Il appartient à cette catégorie, la plus élevée de la littérature enfantine, où les mots et les images transforment le drame vécu en une création d’une grande sensibilité et d’une grande beauté ».

C’est avant tout un récit magnifique, pour parler des drames, de la solitude, des familles brisées par la guerre et le nazisme, la déportation. C’est avant tout une histoire universelle, celle d’un enfant et de son ami imaginaire – pas tant que cela, en rélité – à ses côtés pour surmonter les pires moments. C’est une belle histoire. Avant tout.

Florent D – ActuaLitté – septembre 2017

Émission “Au bonheur des livres” de Michèle Tauber sur Radio Judaïque FM. Présentation de L’ourson de Fred et entretien avec l’auteure Iris Argaman. Le 6 septembre 2017 à 21h.

 

“La Joconde de Yad Vashem”, c’est ainsi qu’on désigne l’ourson de Fred. Iris Argaman, Avi Ofer, Livia Parnes et Pierre-Emmanuel Dauzat ont été reçus par Marc-Alain Ouaknin dans son émission les Tamuldiques sur France Culture le 17 septembre 2017.

À écouter en podcast sur le site de France Culture. Pour cela veuillez cliquer ici.

 

Pierre-Emmanuel Dauzat, co-traducteur de L’ourson de Fred reçu par Patricia Drai, avec la complicité de quatre collégiennes – Salomé, Mayaan, Abigaël et Eva –, dans son émission “Entre vous & moi” sur Radio Judaïca Lyon, diffusée le mercredi matin et rediffusée le dimanche soir à 20 h.