Ce n’est pas la première fois que je découvre un album créé à partir de collages mais celui-ci a quelque chose de différent. Son originalité réside dans le fait que les illustrations des enfants en noir et blanc sont stylisées, cela fait donc ressortir les images d’immenses pommes bien rouges, presque tentantes. «Les trois pommes» illustre parfaitement les dilemmes de l’enfance face au partage, à la peur de décevoir et au désir d’être accepté.

Avec beaucoup d’humour, nous suivons le petit protagoniste dans ses choix et le moins que l’on puisse dire c’est que ces derniers ne sont pas toujours judicieux. Maria Keil a réussi, avec des mots simples et un graphisme sobre, à donner beaucoup de profondeur à cette histoire d’amitié enfantine. Tout comme une bande dessinée, les dialogues sont inscrits dans des phylactères. C’est une très belle découverte.

Petit bonus, véritable pédagogue dans l’âme, Maria Keil a réservé une surprise à ses petits lecteurs en leur proposant au début et à la fin de l’ouvrage des patrons représentant les personnages (à découper ou à photocopier). Grâce à ce procédé, les enfants peuvent soit continuer l’aventure soit créer de nouvelles histoires. J’ai beaucoup apprécié ce supplément très ludique, l’enfant est vraiment acteur par rapport à ce qu’il se passe dans l’histoire.

Je ne connaissais pas du tout cet auteur mais j’ai appris qu’elle est une figure majeure à Lisbonne où elle a laissé une empreinte artistique considérable.

Melissande – Blog Délivrer des livres – Octobre 2018

 

Les pommes de l’amitié

Les éditions Chandeigne publient pour la première fois en français Les Trois Pommes de Maria Keil. Un incontournable de la littérature jeunesse portugaise qui interroge, avec une pointe d’espièglerie, les valeurs de l’amitié.

Quel est le sujet de l’album?

C’est l’histoire d’un garçon et de trois pommes. D’un petit bonhomme qui a trois énormes fruits rouges à offrir. «Je vais en garder une pour moi et donner les autres à mes amis», pense-t-il. L’idée est généreuse. Alors qu’une petite fille arrive vers le gentil enfant, il lui donne une RedStar. Les voilà amis! Mais le garçonnet, bientôt rejoint par deux autres chérubins, se retrouve vite à court de stock. Et la file de bambins ne désemplit pas! Que faire? Le garçon décide de reprendre la pomme qu’il a offerte à sa première amie. «Mais celle-ci est à moi», s’écrie la petite toute malheureuse. L’enfant la rassure et lui échange un bisou. Les voilà rabibochés mais le pépin se reproduit. Encore et encore. La colère monte parmi la bande de copains. La jalousie aussi. Chacun sa pomme. On se débat. On crie. «Aïe, aïe!!!» s’exclame une fille au chapeau rond. Comment cela va-t-il finir?

À qui le livre est-il destiné?

La sorcière de Blanche Neige serait sûrement jalouse des pommes de l’artiste lisboète Maria Keil. Mais attention! Ces RedStar ont beau être immenses et avoir été cultivées dans le jardin du géant de Jack et le haricot, elles ne sont pas empoisonnées! L’histoire des Trois pommes, incontournable de la littérature jeunesse portugaise publié en 1988, n’est absolument pas tragique. Bien au contraire. Le jeune garçon aux trois pommes rappelle tous ces enfants qui veulent devenir amis avec le monde entier. Ils ont un, deux ou trois jouets, les donnent à leurs amis puis les reprennent pour avoir encore plus de copains. La générosité est maladroite, certes, mais nullement méchante. D’ailleurs plus le groupe d’amis s’agrandit, plus il peut s’échanger des objets. Des fleurs, des bisous… À l’expression «donner, c’est donner, reprendre c’est voler», l’artiste préfère «plus on est de fous plus on rit». Maria Keil interroge ici avec espièglerie et poésie les valeurs de l’amitié. Quand on est ami, on partage tout. Sans jalousie. Y compris nos copains. Pas question donc de se disputer une pomme. Après tout, on peut toujours la couper en deux!

Pourquoi les enfants aimeront?

Les Trois pommes n’est pas tout à fait une bande dessinée, ni tout à fait un livre de dessin ou de collage. L’artiste Maria Keil s’amuse en effet du mélange des genres. Elle croque au crayon de papier ses personnages et colle des énormes pommes à chacune de ses pages. Le jeune lecteur se plaira à découvrir un univers simple où les enfants savent aussi bien se disputer que se réconcilier.

Cerise sur le gâteau aux Trois pommes? L’auteur réserve en fin d’ouvrage un petit jeu à ses jeunes lecteurs. Les personnages de Maria Keil sont en effet tous formés de pièces détachées. Les mains, les jambes, les têtes… Tous sont construits sur le même modèle. Les enfants pourront ainsi s’amuser à découper les protagonistes de l’artiste pour recréer une nouvelle histoire. Magique!

Alice Develey – Le Figaro – Octobre 2018

 

“Trois pommes” pour croquer les premiers jours d’école à pleines dents

Plongés dans les albums, les plus jeunes explorent avec curiosité les premiers plaisirs de la lecture. Chaque semaine, nous vous donnons rendez-vous autour d’un livre illustré qui les accompagnera dans leur découverte du monde des livres et de la vie. Aujourd’hui, “Les Trois pommes”, de Maria Keil.

L’expression « haut comme trois pommes » existe-t-elle en portugais ? Voilà exactement combien mesurent les personnages de cet album insolite, fruit de l’imagination de Maria Keil (1914-2012), artiste lisboète principalement connue pour avoir décoré le métro de la capitale portugaise avec ses sublimes fresques d’azulejos, dans les années cinquante.

Monnaie d’échange

Qu’est-il arrivé à ces gamins figés dans la page blanche, cramponnés à d’étranges météorites avec tiges et pépins ? Ils ont juste été dessinés par une facétieuse vieille dame, dans des poses répétées pour qui sait bien observer. En effet, seul le contexte, et l’emplacement de l’encombrant fruit dans leurs mains, donne l’illusion que leurs traits changent.

Photos de pommes rouges à l’appui, qui s’invitent dans leurs pattes enfantines croquées au crayon noir, nous sommes en présence de liliputiens, à moins que ce ne soit les Red Delicious géantes qui aient été cultivées par des sorcières de Tchernobyl. Peu importe, le héros n’a pas l’intention de les manger, mais juste de s’en servir comme monnaie d’échange pour avoir des amis. Car l’album ne se contente pas d’un mélange graphique crépitant, il dynamite les codes relationnels entre enfants.

Qui croit faire plaisir attire la dispute, qui se pense généreux n’agit que pour sa pomme. Un livre simplissime et singulier, qui peut aider les plus petits à désamorcer les conflits de cours d’école, tout en éduquant leur regard à la créativité visuelle.

Marine Landrot – Télérama – août 2018

 

 

L’album Les trois pommes de Maria Keil présenté par Florence Dutheil dans son émission “Enfantillages” sur Radio Protestante le 26 septembre 2018.

Pour écouter, veuillez cliquer ici, à 26 minutes et 25 secondes.

“Refermons cette sélection dédiée à l’amitié avec Les Trois Pommes de Maria Keil (traduit du portugais par Mylène Contival, éditions Chandeigne). « J’aime bien avoir beaucoup d’amis », dit l’enfant. Mais à plus de deux, tout se complique ! Les pommes rouges, démesurées comme des ballons de plage, seront-elles le meilleur sésame ? Dans une grande économie de traits et de mots, sans appuyer le propos, on réfléchit sur la naissance du lien à autrui.” Florence Dutheil

 

 

 

 

 

 

 

Entretien de Mylène Contival à propos de l’album Les trois pommes de Maria Keil au micro de Artur Silva dans son émission “Passage à niveau” de Radio Alfa. Diffusé le 23 septembre 2018. À écouter à partir de 1h06m. Pour cela, veuillez cliquer ici.