“Trois pommes” pour croquer les premiers jours d’école à pleines dents

Plongés dans les albums, les plus jeunes explorent avec curiosité les premiers plaisirs de la lecture. Chaque semaine, nous vous donnons rendez-vous autour d’un livre illustré qui les accompagnera dans leur découverte du monde des livres et de la vie. Aujourd’hui, “Les Trois pommes”, de Maria Keil.

L’expression « haut comme trois pommes » existe-t-elle en portugais ? Voilà exactement combien mesurent les personnages de cet album insolite, fruit de l’imagination de Maria Keil (1914-2012), artiste lisboète principalement connue pour avoir décoré le métro de la capitale portugaise avec ses sublimes fresques d’azulejos, dans les années cinquante.

Monnaie d’échange

Qu’est-il arrivé à ces gamins figés dans la page blanche, cramponnés à d’étranges météorites avec tiges et pépins ? Ils ont juste été dessinés par une facétieuse vieille dame, dans des poses répétées pour qui sait bien observer. En effet, seul le contexte, et l’emplacement de l’encombrant fruit dans leurs mains, donne l’illusion que leurs traits changent.

Photos de pommes rouges à l’appui, qui s’invitent dans leurs pattes enfantines croquées au crayon noir, nous sommes en présence de liliputiens, à moins que ce ne soit les Red Delicious géantes qui aient été cultivées par des sorcières de Tchernobyl. Peu importe, le héros n’a pas l’intention de les manger, mais juste de s’en servir comme monnaie d’échange pour avoir des amis. Car l’album ne se contente pas d’un mélange graphique crépitant, il dynamite les codes relationnels entre enfants.

Qui croit faire plaisir attire la dispute, qui se pense généreux n’agit que pour sa pomme. Un livre simplissime et singulier, qui peut aider les plus petits à désamorcer les conflits de cours d’école, tout en éduquant leur regard à la créativité visuelle.

Marine Landrot – Télérama – août 2018