Lusitania # 25 octobre 2025 – Michel Chandeigne pour l’exposition Magellan au Musée de la Marine

Samedi 25 octobre, Marina Caetano Viellard a interviewé Michel Chandeigne, auteur, éditeur, conférencier, libraire, conseiller scientifique de l’exposition « Magellan – un voyage qui changea le monde », présentée au Musée de la Marine jusqu’au 1er mars.

Michel Chandeigne, passionné des expéditions maritimes du 16e siècle, raconte au micro de Marina le voyage extraordinaire de Fernand de Magellan et offre un nouvel éclairage sur cette épopée sur laquelle il a fait énormément de recherches. A l’occasion de cette exposition, il republie aux Editions Chandeigne et Lima « Le voyage de Magellan (1519-1522) », avec la relation d’Antonio Pigafetta enrichie de nombreux autres témoignages et de sources cartographiques, ouvrage de référence sur le sujet, traduit notamment en portugais.

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Le voyage de Magellan. Succès ou échec ? Avec Michel Chandeigne au micro de Stéphanie Duncan.

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Pourquoi Magellan a longtemps été un navigateur mal aimé

Dans une exposition immersive, le Musée national de la marine rend hommage, enfin, au navigateur de légende.

Cinq voiliers et 237 membres d’équipage quittent Séville le 20 septembre 1519. Lorsqu’ils regagnent l’Espagne trois ans plus tard, ils ne sont plus que dix-huit marins, sur un seul navire, et ont perdu leur capitaine, le Portugais Fernand de Magellan. Leur précieuse cargaison – 26 tonnes de clous de girofle – rembourse à peine les frais de ce voyage ruineux. Spectaculaire échec sur le papier, l’expédition Magellan est pourtant un exploit maritime : le premier tour du monde complet par la mer…

L’Histoire, hélas, n’aime pas les antihéros. Or si l’on considère que Magellan est mort avant d’avoir lui-même atteint l’archipel des Moluques comme il l’avait promis au roi d’Espagne, et qu’il n’a pas, comme ses compagnons survivants, fait le tour du globe, alors c’en est un, et du genre sublime. Les Portugais le considèrent comme un traître. Les Espagnols comme un raté. « Il n’a qu’une seule statue au Portugal, aucune en Espagne, car Magellan ne sert aucun récit national », regrette Michel Chandeigne, auteur, sous le pseudonyme de Xavier de Castro, d’un ouvrage de référence sur ce voyage.

Un seul océan

Michel Chandeigne a été conseiller scientifique de la série L’Incroyable Périple de Magellan, mise en images par le dessinateur Ugo Bienvenu. Série aujourd’hui transformée en exposition par le Musée national de la marine, qui projette les dessins de Bienvenu – dont nombre de rushs non utilisés –, dans une scénographie immersive ultra-efficace. Tout commence par une carte, celle d’un monde coupé en deux tel que se le partagent les deux grandes puissances maritimes de l’époque : les terres découvertes à l’est de cette ligne arbitraire appartiennent au Portugal, à l’ouest, elles sont à l’Espagne. Mais son tracé, aux antipodes, n’est pas clair.

Dès lors, Magellan fait le pari fou de trouver un passage à travers le continent américain pour accéder à l’Asie, entendant prouver que l’archipel des Moluques et leurs épices si convoitées appartiennent au royaume espagnol. Guidé par le récit de l’Italien Antonio Pigafetta, qui embarqua comme chroniqueur de l’expédition, le visiteur de l’exposition entame avec l’armada un voyage inouï. Le seul inventaire des vivres et objets chargés sur les navires au départ de Séville donne le tournis : 7 000 litres d’huile, 1 850 hectolitres de vin, 10 000 hameçons…

Tout est minutieusement préparé, mais rien ne se passe comme prévu. Car après l’interminable descente de l’Atlantique, la flotte pénètre un territoire dans lequel aucun Européen n’a jamais navigué, un monde sans cartes, dont rien ne garantit qu’il offre un passage vers l’ouest. Dès lors les tempêtes, les naufrages, les rébellions des hommes se succèdent jusqu’à la traversée tant espérée du détroit à l’automne 1520 : ils ne sont alors déjà plus que trois voiliers à s’engager dans un océan que Magellan baptisera « Pacifique », naviguant 105 jours sans escales et parvenant enfin, au printemps 1521, aux Philippines. Et c’est là, lors d’un affrontement avec les indigènes, que Magellan trouve la mort le 27 avril.

« Son corps n’a jamais été récupéré, et sa mort reste une énigme, explique Michel Chandeigne. Il a dérogé à l’interdiction royale de se battre, peut-être parce qu’il avait alors compris son erreur : les Moluques étaient bien portugaises. Mieux valait périr les armes à la main que de subir l’opprobre qui l’attendait en Espagne. » C’est pourtant à lui, antihéros magnifique, et aux dix-huit survivants de l’expédition, que l’on doit la plus grande découverte de l’épopée maritime : il n’y a, sur le globe, qu’un seul océan… 

Violaine de Montclos – Le Point – 23 novembre 2025

Le voyage épique de Magellan relaté par un noble italien

Depuis cinq siècles, le voyage de Magellan est entouré de légendes. La première d’entre elles est que le capitaine portugais aurait réussi à boucler le premier tour du monde à la voile. Le malheureux est mort le 27 avril 1521, tué d’une flèche sur l’île de Mactan, dans les actuelles Philippines. C’est le marin basque, Juan Sebastien Elcano qui a ramené en Espagne le seul navire survivant, le Victoria, en 1522. Concepteur de l’expédition qui a finalement réussi la première circumnavigation de la terre, Magellan, natif de Porto, ne cherchait pas à faire le tour du monde. À l’aube des temps modernes, il voulait trouver une route occidentale vers les Moluques et Banda, fameuses « îles aux épices » qui sont restées l’unique source d’approvisionnement en girofle, macis et muscade jusqu’au XVIIIe siècle. Il ne faut pas oublier que les cuisiniers utilisaient déjà beaucoup d’épices au Moyen Âge. C’est une histoire sur laquelle le chef malouin Olivier Rœllinger est intarissable et à laquelle Michel Balard a consacré un livre passionnant (Histoire des épices au Moyen Âge, Perrin, 2023). Les hommes étaient prêts alors à mourir pour des épices, comme aujourd’hui pour du pétrole.

Aventure maritime

Ce Magellan était un étrange sujet du royaume de Portugal, dans son genre. Persuadé que les Moluques se trouvaient dans la moitié du globe que le Traité de Tordesillas avait attribuée à la couronne de Castille en 1494, il s’était mis au service de l’ennemi espagnol, personnellement commissionné par l’empereur Charles Quint, sûr de pouvoir trouver un passage vers l’océan séparant l’Amérique de l’Asie. Non pas un « passage du nord-ouest », comme en rêveraient beaucoup de marins français, mais un « passage du sud-ouest ». Cette route maritime, Magellan et ses compagnons embarqués à bord de quatre navires (l’un d’eux, le Santiago, s’était perdu lors d’une tempête en mai 1520 en explorant un fleuve baptisé « rio Santa Cruz ») l’ont trouvée non pas au niveau du rio de Solis, l’actuel rio de la Plata, comme ils l’avaient d’abord pressenti, mais 2 200 kilomètres plus au sud, à travers le passage qui sépare la plus grande île de la Terre de Feu de la Patagonie, aujourd’hui nommé « détroit de Magellan ».

Le capitaine portugais l’avait baptisé « le canal de Tous les Saints », car il l’avait légendairement atteint le jour de la Toussaint, le 1er novembre 1520. C’est en réalité dix jours avant cette date que sa flotte a pénétré dans le labyrinthe de canaux qui allait se révéler être le détroit recherché. Et bientôt il n’y aurait plus que trois caraques. Une autre des cinq nefs présentes à Sanlucar de Barrameda au départ de l’expédition, le San Antonio, a déserté pour rentrer en Espagne. Les hommes d’équipage n’en menaient pas large et il était difficile de faire obéir plus de 250 marins d’une dizaine de nationalités différentes. Beaucoup sont morts dans des noyades lors de rixes ou de mutineries.

Il a fallu un long mois aux trois bateaux de faible tonnage pour traverser le détroit, avant d’atteindre la mer du sud, baptisée « Pacifique », le 28 novembre. Les visiteurs de l’exposition « Magellan, un voyage qui changea le monde », présentée au Musée de la Marine jusqu’au 1er mars 2026, découvriront que c’est la « relation de Pigafetta », un noble italien qui a participé à l’expédition en tant que chroniqueur et géographe, qui constitue le témoignage le plus complet et le plus précieux de ce voyage épique dont il a eu la chance de rentrer vivant.

C’est la raison pour laquelle la parution de la troisième et ultime édition du Voyage de Magellan (1519-1522), dûment remaniée et révisée, est un événement que les amoureux de l’aventure maritime ne peuvent pas manquer de saluer. Les lecteurs du Figaro littéraire s’en souviennent peut-être, la première édition de ce livre avait été célébrée dans ces colonnes par Simon Leys en 2008. Son compte rendu a été repris dans Le Studio de l’inutilité (Flammarion, 2012) avec d’autres textes où le grand sinologue belge laisse éclater son amour de la mer.

« Je viens d’achever la lecture du monumental Voyage de Magellan (1512-1522), (…). Mille pages – d’une édition savante de tous les témoignages d’époque (version française ancienne, traductions modernes de l’espagnol, du portugais et du latin) ; l’introduction, le commentaire et les notes géographiques, historiques, linguistiques et anthropologiques donnent une information riche, complète, rigoureuse et passionnante : la précision et la clarté du travail sont tout simplement prodigieuses. » Ceux qui ne connaissent pas ce monument n’auront aucune peine à se ranger à l’avis de Simon Leys.

Sébastien Lapaque – Le Figaro Littéraire – 20 novembre 2025

Magellan, de l’Espagne aux Moluques : le voyage inachevé qui changea le monde, raconté par Virginie Girod

 Pour le podcast d’Historia, Virginie Girod retrace l’incroyable odyssée maritime de Magellan, immense navigateur portugais. En 1519, comment ose-t-il défier océans et territoires inconnus dans l’espoir d’atteindre les îles Moluques ? De quelle manière affronte-t-il les mutineries et les trahisons à bord ? Et pourquoi cette expédition, à laquelle il ne survit pas, bouleverse-t-elle durablement la vision du monde ? Les réponses sont à découvrir dans les épisodes du podcast à écouter ci-dessous. Avec la participation de Michel Chandeigne.

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Le voyage de Magellan (1519-1522) La relation d’Antonio Pigafetta & autres témoignages

Sans récit de voyage, pas de voyageur, et sans Pigafetta, pas de Magellan : tel pourrait être l’adage de ce colossal ouvrage qui se lit comme un roman d’aventures.
Xavier de Castro (pseudonyme de Michel Chandeigne) rassemble ici l’ensemble des sources disponibles relatives au premier tour du monde européen. En historien rigoureux, il s’appuie sur de nombreuses sources, souvent primaires : lettres, rapports, récits d’équipage, journaux de bord. tout est minutieusement détaillé : les origines de la famille Magalhães, les préparatifs du voyage, la liste complète de l’équipage, les escales, les morts, les survivants, les cargaisons… Rien n’est laissé au hasard, au point que la relation du périple par Antonio Pigafetta, placée en première partie du livre et traduite ici en français contemporain, en devient presque secondaire. L’ouvrage est enrichi de nombreuses cartes, notices biographiques et reproductions de manuscrits, qui en font à la fois un livre de référence et un très beau volume d’histoire maritime, où se mêlent observations scientifiques et descriptions, parfois espiègles, des peuples rencontrés. Ces témoignages restituent pleinement l’esprit du siècle des découvertes. 

DLD – L’Officier Marinier – Nov.-Déc. 2025

Fernão de Magalhães: o « perdedor maravilhoso » que levou a cabo uma viagem que mudou o Mundo

O Museu Nacional da Marinha, em Paris, acolhe a exposição « Magalhães, uma viagem que mudou o Mundo » até Março e leva os visitante numa visita imersiva pelo périplo da circum-navegação, explicando as dificuldades da primeira travessia do Oceano Atlântico ao Oceano Pacífico e desvendando mais sobre a figura mítica de Fernão de Magalhães.

Mais de 500 anos após a sua morte, Fernão de Magalhães e a sua viagem de circum-navegação, a primeira registada na história da Humanidade, continua a suscitar interesse. Embora hoje seja difícil imaginar viagens que duram anos no mar por lugares nunca antes explorados, o Museu da Marinha, em Paris, quis colocar os seus visitantes na pele dos mais de 200 homens que em 1519 partiram de Sevilha com a missão de chegar às ilhas Molucas, que hoje integram a Indonésia, e que então era o único sítio no Mundo onde havia cravinho, uma especiaria tão rara que valia ouro.
Para assegurar a veracidade histórica desta aventura museológica, e até porque a organização dos diversos espaços é baseada nos relatos de Antonio Pigafetta, cronista, explorador e geógrafo que integrou esta viagem, o historiador Michel Chandeigne é o conselheiro científico desta exposição e explicou em entrevista à RFI que esta é uma experiência que quer tocar o máximo de visitantes.

« Claro que uma experiência imersiva tem o hábito de tocar um público maior, um público de jovens e também um público que não está habituado a descobrir a história das viagens nos livros, é uma coisa diferente. Um pouco lúdico, mas feito de uma maneira muito estética. Há uma beleza da cenografia que é simples« , explicou.

O Museu da Marinha, recorreu a imagens desta aventura criadas para o documentário de François de Riberolles, que pode ser visto no canal ARTE, assim como a imagens reais dos sítios percorridos por Magalhães, mas também sons e projecções numa cenografia de Brigitte Poupart, que criam a exposição imersiva « Magellan, un voyage qui changea le monde », ou em português « Magalhães, uma viagem que mudou o Mundo ». 
O percurso começa no porto de Sevilha, em que se ouvem homens apressados de um lado para o outro, sons de navios e de mar. Aqui conhecemos as personagens principais desta viagem: Fernão de Magalhães, navegador português que vai apresentar os seus serviços ao então rei de Espanha, Carlos I, mas também Henrique, o escravo de Fernão de Magalhães que lhe vai servir de intérprete no Pacífico, o próprio Pagafetta ou ainda Juan Sebastián Elcano, que começa esta viagem como marinheiro experimentado e terminará como capitão-geral, já que será ele que regressará a Espanha em 1522, já que Magalhães morreu nas Filipinas.
Nas paredes das exposição vemos o número de homens, os cinco barcos e ainda o tipo de objectos que se levava nestas viagens como 100 toneladas de biscoitos duros, 600 quilos de mel, mas também 35 bussúlas, 4 mil flechas e duas toneladas de pólvora. O grande desafio desta viagem era encontrar uma passagem através do Oceano Atlântico para as ilhas repletas de especiarias, contornando assim o Tratado de Tordesilhas.
Nisso, e apesar dos percalços e dos meses de espera, Fernão de Magalhães foi bem sucedido, sendo o primeiro descobridor a atravessar o estreito que depois haveria de ficar com o seu próprio nome entre o Oceano Atlântico e o Oceano Pacífico. Passou pelo Rio de Janeiro e pelo Chile, onde teve contacto com os nativos. No entanto, após uma longa expedição, e chegando às Filipinas, acabou por se envolver em querelas locais e foi morto por Lapu Lapu, um chefe tribal. Esta morte, considerada por muitos como « um suicídio », acabou por afastar Fernão de Magalhães das glórias do seu tempo, mas hoje é considerado como um dos maiores navegadores de sempre.

« Magalhães perdeu tudo, perdeu a vida. E também se enganou. As Molucas não eram do domínio espanhol. Magalhães não é um herói, é um perdedor magnífico. E tudo isso faz com que a lenda do Magalhães não tenha sido tratada pelos historiadores durante séculos. Para os espanhóis, era um homem que perdeu os espanhóis numa empresa devastadora e cara. E para os portugueses era um traidor. Para o historiador, porque Magalhães não serve nenhuma causa nacional« , detalhou Michel Chandeigne.

Esta exposição termina com uma explicação de historiadores portugueses, espanhóis e franceses, mas também chilenos e argentinos, das interacções de Magalhães e dos seus marinheiros com os povos indígenas, sendo que houve vários episódios de violência, de detenções forçadas e violência sexual.
Para acompanhar esta exposição, as edições Chandeigne e Lima, fundadas por Michel Chandeigne, vão lançar a terceira edição de « Le Voyage de Magellan (1519-1522). La relation d’Antonio Pigafetta et autres témoignages ». Esta é uma recolha que foi começado por Michel Chandeigne em 2007 e que esta semana foi relançada com várias actualizações.

Catarina Falcão – 24 outubro 2025 

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