Requiem pour un berceau

Joana attend un heureux événement, un tout-petit que son mari Jorge et elle espèrent impatiemment depuis des années. Tout est prêt pour accueillir le divin enfant. Malheureusement, enceinte de sept mois, Joana perd un jour les eaux et survient alors l’impensable, l’insoutenable : l’enfant meurt avant de naître. Commence alors une rapide descente aux enfers à l’hôpital pour cette jeune femme refusant l’indicible vérité. On se plonge dans le flux de conscience fébrile, entre la dure réalité clinique et des délires hallucinatoires, entre le déni et la cruelle évidence, d’une mère qui n’est plus, d’un être à la dérive qui se raccroche tant qu’elle peut à ce qu’elle porte encore dans son ventre. Deuxième partie de la trilogie autour des « Paternités ratées », initiée par le remarquable Autisme sorti il y a deux ans, Les eaux de Joana est un livre qui marque au fer, un roman qu’on ne peut oublier une fois terminé, tant la douleur qui y est dépeinte est à vif. Car ce livre, que l’on lit d’une traite sans pouvoir reprendre son souffle, est une vertigineuse agonie vers la folie. Une véritable cartographie de la douleur et de la perte. De la première à la dernière page, le lecteur est soufflé par la puissance émotionnelle de ce récit de deuil. Car c’est bien de deuil dont il s’agit, avec ses terribles étapes, tel un chemin de croix où Joana, en mater dolorosa, devra se confronter et faire face à ce qu’elle ne peut concevoir. Telle Alice perdue dans le terrier du Lapin Blanc, elle s’engouffre dans un tourbillon tant désespéré qu’hystérique, où elle risque de tout (et de se) perdre. Valério Romão n’a pas peur d’affronter les non-dits, les tabous. Après la destruction du couple face à l’autisme de leur enfant, l’auteur portugais traite d’un sujet encore plus intime : la maternité. Dans une narration fluide et maîtrisée à la virgule près, il se risque à parler de ce qui ne se dit pas : quand la maternité tourne au désastre, quand le miracle de la vie devient un cauchemar éveillé. Sans concession ni pathos larmoyants, Romão livre un éprouvant mais remarquable tableau de notre contemporanéité, disséquant nos angoisses modernes les plus sombres, les plus cachées, les plus enfouies pour mieux révéler la douloureuse expérience qu’est être humain. Rien n’est laissé de côté, tout est crûment révélé à l’instar de cet hôpital aseptisé (que l’on retrouvait également dans Autisme) et ultra-néonisé où tout se joue et tout se détruit. Avec ce nouveau roman, Romão confirme qu’il est l’un des auteurs les plus étonnants et fascinants actuellement au Portugal.

Ana Maria Torres – CAPMAg – Septembre 2019

L’écrivain portugais Valerio Romão signe avec Les eaux de Joana le deuxième volet de la trilogie qu’il consacre aux paternités ratées. Si dans le premier volet, Autisme, il explorait avec audace le thème de ce trouble du comportement (finaliste du prix Femina étranger), Valerio Romão relate dans ce second volet l’histoire de Joana, une jeune femme enceinte qui attend avec impatience la venue au monde de son premier enfant. On comprend vite que pour Joana qui a perdu ses parents et s’est retrouvée orpheline suite à un tragique accident de la route, cette future maternité est sa principale raison de vivre et le moyen de guérir les blessures d’un passé douloureux. Lorsque Joana perd les eaux à sept mois et part à l’hôpital, les événements se précipitent et tout se déroule de façon bien différente à ce que la jeune femme avait prévu. Un livre poignant qui se lit d’une seule traite.

Que tal Paris – Septembre 2019