Les Maia – Lisbon revisited

Il y a des livres que l’on doit lire. D’autres qu’il faut avoir lu. D’autres que l’on parcourt et que l’on oublie aussitôt. Et il y a ceux que l’on lit tout simplement, comme une évidence, des classiques qui appartiennent à la légende, qui resteront à jamais dans la mémoire de ceux et celles qui ont eu la simple témérité, un jour, de commencer une de leur page. Des livres qui font l’histoire. Et le livre Les Maia, de notre illustre Eça de Queiroz, en fait partie. Longtemps disponible en grand format, il sort enfin aux éditions Chandeigne en format de poche, pour le plaisir de ceux et celles qui lisent dans le métro, qui glissent leur ouvrage de chevet dans leur sac à dos ou leur blouson.

Un guide littéraire pour voyager entre les époques. Destination : la merveilleuse Lisbonne. Vous pensez connaître la capitale portugaise ? L’avoir parcourue dans ses moindres recoins ? Vous vous trompez. Oubliez tout ce que vous croyez savoir à son sujet. Jamais ville n’a été mieux révélée et sublimée que dans cette fresque naturaliste étonnante.

Véritable feuilleton aux multiples rebondissements, Les Maia retrace sur plusieurs générations le destin d’une vieille famille notable de Lisbonne, à travers l’histoire de trois personnages masculins-clés : le père, Pedro da Maia, victime d’un mariage malheureux avec la terrible et adultère Maria Monforte qui le poussera au suicide ; le fils, Carlos da Maia, héros du roman et archétype par excellence du dandy romantique portugais ; le grand-père, figure tutélaire de l’aristocratie lisboète. Après des études de médecine réussies à Coimbra et un voyage initiatique en Europe , le jeune Carlos rentre à Lisbonne pour ouvrir son cabinet. Accompagné de son fidèle et spirituel ami João da Ega – double littéraire de l’auteur -, il mène une vie bohème dans cette capitale cosmopolite qui vit ses derniers instants de capitale de la Monarchie Constitutionnelle du Portugal, errant du Chiado à la Baixa, de cafés en théâtres et autres clubs littéraires qui éclosent à cette époque. Sa vie est un jour bouleversée lorsqu’il rencontre Maria Eduarda. Naîtra alors une grande passion d’où découleront de funestes révélations.

À la fois saga familiale, roman d’amour et tableau de moeurs d’une société décadente qui tend à disparaître, ces “épisodes de la vie romantique” sont des trésors de narration, portés par une langue et une prose où se déploie toute la virtuosité  de ce génie des lettres portugaises, cet immortel, considéré par Borges comme l’un des plus grand écrivains de tous les temps. Ce janvier, et si vous redécouvriez Lisbonne, avec Eça de Queiroz sous le bras ?

Ana Torres – CAPMAg – février 2018