Vasco de Gama – Le premier voyage (1497-1499)

Dans sa collection Magellane, les éditions Chandeigne réédite l’un des récits du premier voyage de l’explorateur portugais.

Présenté dans un format de poche, les éditions Chandeigne publient le récit du voyage de Vasco de Gama attribué à Álvaro Velho dans une troisième édition augmentée.

Une mise au point historiographique

Linguiste, spécialiste du portugais et des littératures lusophones, Paul Teyssier (1915-2002) rappelle d’abord les circonstances amenant les Portugais à chercher de nouvelles routes commerciales. La flotte quitte Lisbonne le 8 juillet 1497, fait escale au Cap Vert du 27 juillet au 3 août 1497 avant d’aborder la baie de Sainte-Hélène (au nord du Cap) le 7 novembre 1497. Menée par Vasco de Gama, la flotte dépasse le cap de Bonne Espérance le 22 novembre. Après des escales sur l’île de Mozambique, puis à Mombasa, Vasco de Gama arrive à Malindi où il trouve un pilote du Gujarat. Il traverse l’Océan indien, puis débarque à Calicut le 20 mai. Un Juif de Tunis, parlant le vénitien l’aide à s’entretenir avec le raja local (le Samudri).

Álvaro Velho, le véritable auteur ?

Ce récit de voyage est issu d’un manuscrit provenant du monastère de Santa Cruz de Coimbra. Découvert par l’historien Alexandre Herculano, le manuscrit est publié en 1838. Le nom de l’auteur n’est pas mentionné explicitement. Nous savons qu’il était présent physiquement dans l’équipage de Vasco de Gama, probablement sur le São Rafael mené par Paulo de Gama. Il mentionne sa participation dans la délégation de douze hommes escortant Vasco de Gama lors de son entrevue avec le Samudri à Calicut. Par élimination, l’option retenue est celle, contestable, de Diogo Köpke : Álvaro Velho, plutôt que João de Sá, ou l’un des six membres inconnus de l’escorte.

« D’ailleurs à quoi cela nous sert-il de mettre un nom sur le visage de notre auteur, puisque de toute façon nous ne savons rien de cet Álvaro Velho ? » Page 31.

Un mémoire sur les Royaumes de l’Inde et un lexique malais

Agrémenté d’une dizaine d’illustrations en couleur, le récit en lui-même fait 98 pages. A titre d’anecdote, on y apprend notamment que les Portugais se nourrissaient de phoques et de manchots lors des escales à proximité du Cap de Bonne Espérance. Álvaro Velho se distingue également par la persistance de la confusion entre hindouisme et christianisme : Calicut serait donc une ville abritant de nombreux maures et chrétiens (qui « ne mangent pas de vaches » précise-t-il). Les « églises » sont en réalité des temples hindous.

Le mémoire sur les Royaumes de l’Inde est un court mais passionnant panorama de géographie historique. De nombreux royaumes situés à l’Est de Calicut y sont décrits (Ceylan, Sumatra, Birmanie, sans mention de la Chine).

Comment capturer un éléphant dans la jungle ? (page 137)

Lorsqu’ils veulent capturer un éléphant sauvage, ils prennent une éléphante et creusent un grand fossé dans les parages où vit l’éléphant. Ils couvrent le fossé avec des feuillages et disent à la femelle : « Va et si tu trouves un éléphant amène-le près du fossé de façon à ce qu’il y tombe ; et toi fais attention, ne tombe pas ! » Alors elle s’en va, et ainsi fait-elle comme on le lui a commandé ! Et après l’avoir repéré, elle le fait venir vers le lieu de sorte à le faire tomber dans le fossé. Et le fossé est d’une telle profondeur qu’il lui est impossible de sortir par ses propres moyens.

Le lexique malais a été élaboré dans le port de Calicut, dans l’optique de commercer avec les marchands de Malacca. De la « pierre » à la « langouste », en passant par les termes de « boiteux », « rame » et « embrasser », la transcription du français vers le malais de l’époque et actuel est proposée.

Trois lettres de marchands italiens

Trois lettres viennent clore l’ouvrage. Rédigés par deux marchands florentins, les deux premières sont l’oeuvre de Girolamo Sernigi. Publiées dès 1507 en Italie, elles resteront les seuls récits imprimés de ce voyage jusqu’au milieu du XVIème siècle.

La dernière lettre est écrite par Guido Dett de Florence. Inédite jusqu’en 1995, Detti insiste sur le changement géopolitique consécutif à la découverte de cette nouvelle route maritime : l’arrivée directe d’épices en Europe devrait provoquer l’hostilité des « maures » (page 169).

Exceptée une petite erreur sur la note de bas de la page 56, l’ouvrage de poche se révèle agréable à manipuler.

Une formidable épopée en poche, devenue un classique à redécouvrir.

Antoine Baronnet – Les clionautes – janvier 2017