Voir à travers les mots, le vague à l’âme portugais

À l’occasion de la réédition aux Éditions Chandeigne de Mythologie de la saudade d’Eduardo Lourenço, nous avons la possibilité de (re)saisir ce qu’est ce sentiment étrange, parfois indescriptible qu’est la saudade.

Le livre va bien au-delà d’une description hésitante du vague à l’âme portugais en l’inscrivant dans une histoire littéraire du Portugal. C’est dire à quel point l’auteur de cet essai est engagé dans une réflexion sur la littérature et, bien plus largement, dans l’histoire de son pays.

Eduardo Lourenço est donc essayiste et philosophe portugais, né en 1923 à Almeida. À travers son œuvre, il a étudié la figure importante de Fernando Pessoa. Également grand européen, il mène une réflexion sur la place du Portugal et de ses désillusions dans l’Europe. Il a reçu d’ailleurs en 1988 le prix européen de l’essai Charles Veillon pour l’ensemble de son œuvre. Ce texte évoque, à travers le prisme d’une étude sur la saudade, toutes les thématiques que Lourenço a étudié.

En déclinant l’essai en plusieurs fragments, il réfléchit la saudade comme élément moteur d’une modernité portugaise. Ce sentiment qui fait que les portugais ont la nostalgie de cette grande patrie aventureuse qu’elle fut, à la pointe de l’Europe et des découvertes maritimes.

Il y a une grande érudition sur le fait littéraire portugais, en partant du récit fondateur Les Lusiades de Camoes passant par le romantisme portugais, voire un certain type de nationalisme, pour arriver à la figure de la modernité que représente Pessoa. Cette érudition et la réflexion menée posent la question pour le lecteur non-portugais de savoir à qui est destiné ce livre.

Eduardo Lourenço semble s’adresser directement au peuple portugais.

Il n’empêche que ce livre est un outil important pour comprendre la culture lusophone. Pour toute personne intéressée par ce pays, il alimente l’imaginaire que l’on peut en avoir.

Il est indéniable que la production culturelle de ce petit pays européen irrigue une curiosité et un état d’esprit. Que ce soit à travers le cinéma, avec par exemple Tabou de Miguel Gomes, les films d’Oliveira ou la littérature contemporaine, d’Antonio Lobo Antunes à Goncalo M. Tavares, on peut y ressentir une mélancolie européenne, puisqu’au-delà des frontières portugaises, la saudade peut se comprendre comme le positionnement de l’Homme dans notre Europe actuelle.

Adrien Meignan – Addict-Culture – 31 mai 2017